DSK, LA FEMME DE CHAMBRE, ET LE CONTRASTE CULTUREL FRANCO-AMÉRICAIN

Bernard Bichakjian, retired professor from the University of Neimegen,  has lived in both France and the States. He exposes the different perspectives the French and the Americans have of the DSK affair. Where is the line between transparency and privacy?

DSK, LA FEMME DE CHAMBRE, ET LE CONTRASTE CULTUREL FRANCO-AMÉRICAIN

La présomption d’innocence existe aux États-Unis comme elle existe en France et elle sera rigoureusement respectée tout au long de la procédure par les magistrats et les jurés. Ce qui est moins sûr c’est de savoir si le lecteur et/ou téléspectateur de la couverture médiatique aura la patience d’attendre que justice soit faite pour avoir un avis sur la culpabilité du prévenu ou de l’accusé. La précipitation serait-elle plus grande d’un côté de l’Océan plutôt que de l’autre ? La nature humaine étant ce qu’elle est, il y a fort à en douter, mais l’hypothèse reste à vérifier.

La fameuse perp walk, cette présentation à la presse de l’auteur (perpetrator) présumé du crime menotté et flanqué de deux policiers en civil, a fait l’objet de vives critiques en France. Une telle procédure est accusée de nuire à la dignité de l’arrêté et de compromettre la présomption d’innocence.

Si techniquement, du moins, la présomption d’innocence n’est pas compromise, on peut se demander si l’on ne doit pas faire un plus grand cas de la dignité du prévenu. C’est là que les mentalités se distinguent. La dignité de l’homme est une notion abstraite, mal circonscrite. Or l’Américain veut du concret, du tangible, de ce qui se définit en termes précis et mesurables. Si l’on annonce qu’une certaine personne, qu’elle soit notable et nantie ou pauvre et prolétaire, a été arrêtée et déférée devant un juge – eh bien qu’on nous montre la photo ou la vidéo. Il n’est pas nécessaire de montrer les menottes – sa présence entre deux policiers suffira. Telle est la réaction de l’Américain, ouvrier ou intellectuel. « Dura lex, sed lex » disaient les Romains ; on pourrait dire aujourd’hui « transparence cruelle, mais transparence tout de même ».

On pourrait peut-être aller plus loin et se demander pourquoi ce réalisme ? La réponse nous est donnée par l’un des principes fondateurs des États-Unis qui veut que son système de gouvernance soit régi par le peuple et pour le peuple. Or, le peuple n’évolue pas dans les hautes sphères de l’abstraction ; son champ d’action c’est le concret, le matériau et le matériel. Il est vrai que la France revendique aussi un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, mais ce vœu sans doute sincère était celui d’une élite qui ambitionnait de hisser le peuple à un niveau supérieur, et à faire partager au peuple les valeurs de l’élite. La tentative n’a pas été un échec, mais dans la mesure où le gouvernement français pourrait être qualifié d’un gouvernement des énarques, par les énarques, et pour les énarques, le succès reste partiel. L’observateur indépendant souhaiterait sans doute plus de valeurs abstraites aux États-Unis et plus de réalisme populaire en France, mais les comportements sont ancrés dans l’histoire et il reste à savoir si l’entrée inopinée d’une femme de chambre américaine dans la suite d’un notable et nanti français changera ces valeurs. Probablement pas, mais elle a déjà changé l’échiquier politique de l’hexagone et ce avec toutes les conséquences possibles sur l’histoire de France pendant les années qui viennent.

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